4. C. Emploi et prononciation de CH, SH et TH

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Il existe une certaine confusion entre les digrammes CH, SH et TH, d'autant que leur prononciation varie selon les lieux et se recoupe parfois. Voyons leur emploi et leur prononciation (les préconisations qui suivent s'écartent parfois de celles adoptées dans d'autres ouvrages).


CH

Le digramme CH peut se prononcer [ʃ] (comme dans l'anglais shadow), [t͡ʃ] (comme dans l'anglais chat) ou [c] (t mouillé).


Emprunts au français

On emploie CH dans les mots empruntés au français; il se prononce alors partout [ʃ]: chivau, marchand, pròche, trachamand (< "truchement"), chai.


Résultats d'un chintement de [s] noté c

Lorsque un [s], noté c dans l'orthographe, est passé à [ʃ], on doit noter avec le digramme CH le résultat de ce chuintement. Par exemple, le mot pecic ("petit bout") peut se prononce [peˈʃik], on écrit alors pechic. On prononce [ʃ].


Résultats d'une palatalisation de [k]

Lorsque le son [k] s'est palatalisé (ce qui arrive rarement en gascon), on écrit avec le digramme CH le mot résultant de cette palatalisation:

chai (variante de cai): "crochet en bois"

chaupir (variante de caupir): "fouler, piétiner"

La prononciation est [t͡ʃ], [ʃ] ou [c] suivant les lieux. La prononciation [c] se rencontre dans le nord-ouest du Béarn et les Landes, ainsi que dans certains parlers armagnacais.

Autre

On écrit CH dans certains autres mots où les prononciations [t͡ʃ], [ʃ] et [c] sot toutes les trois possibles, ne relevant d'aucune des catégories ci-dessus: cacha, chic, chin, clichèra, chòina, empachar, esglachar, pèrcha, ponchar... La prononciation [c] se rencontre dans le nord-ouest du Béarn et les Landes.

  • Exceptionnellement, les trois prononciations sont possibles dans l'emprunt au français pòcha: [ˈpɔt͡ʃɔ], [ˈpɔʃɔ], [ˈpɔcə].
  • Dans chèc (la nationalité) et Chad (le pays), seule la prononciation avec [t͡ʃ] est courante; cela est dû à l'influence de la prononciation française. En réalité, rien n'empêche de prononce rces mots avec [ʃ] ou [c].


SH

Résultats du chuintement de [s] noté s

Lorsqu'un s, noté [s], a évolué jursqu'à se prononcer [ʃ], on emploie le digramme SH:

shiular, variante de siular

Sh se prononce [ʒ] lorsqu'il se trouve placé entre deux voyelles de deux mots différents:

Qu'ei baish enqüèra. [ˈkej ˈβaʒ eŋˈkwɛɾɔ]

Il convient de ne pas appliquer cette règle seulement à l'initiale des mots:

corbash, variante de corbàs (la graphie *corbaish, répandue, est absurde: le i devrait être prononcé en vallée d'Aspe et en Couserans)

shaushar, variante de saussar

shucar, variante de sucar

shacar, variante de sacar

On prononce certains de ces mots avec [c] dans les Landes:

shacar [ʃaˈka], [caˈka]

shucar [ʃyˈka], [cyˈka]

En Gascogne orientale (Comminges, Gascogne toulousaine), sh- initial se prononce [] dans certains mots:

shucar [t͡ʃyˈka]


Mots avec ISH

ISH note [ʃ] dans un certain nombre de mots provenant de mots latins où on prononçait [ks] (ou [sk], passé plus tard à [ks]:

deishar "laisser" (< LAXARE)

créisher "croître" (<CRESCERE)

On écrit ISH également dans baish et ses dérivés (< BASSIU). Le i se prononce en vallée d'Aspe et en Couserans).

  • Dans broish, broisha, mots d'origine inconnu, le trigramme ISH peut se prononcer [t͡ʃ] en Béarn.
  • Dans les mots commençant par eish-, on prononce [ʃʃ] dans une vaste zone qui va de l'est du Béarn au Comminges:

eishami [eʃˈʃami]

On prononce [ʃ] ailleurs: eishami [eˈʃami].

  • EISH antétonique se prononce [iʃ] à Luchon, en Couserans et au val d'Aran:

leishar [liˈʃa]


Autres cas

On emploie le digramme SH dans les emprunts aux langues étrangères, pour noter le son [ʃ]: shampó, Chovashia ("Tchouvachie", république de la Fédération de Russie).

TH

En fin de mot

En fin de mot, le digramme TH note le résultat de l'évolution phonétique de LL latin, par suite de la chute d'une voyelle finale:

CASTELLU > castèth

TH se prononce:

  • [c] (t mouillé) dans le nord-ouest du Béarn, à Bidache et dans une petite zone sud des landes autour de Peyrehorade: [kasˈtɛc]
  • [t͡ʃ] dans une zone englobant une partie de la Gascogne toulousaine, le Comminges et le Couserans, ainsi que dans les vallées d'Aspe et d'Ossau: [kasˈtɛt͡ʃ].
  • [t] dans le reste de la Gascogne; cependant, même dans cette dernière zone, une prononciation [c] (surtout dans les Landes) ou [t͡ʃ] (surtout en Comminges, Couserans et partie de la Gascogne toulousaine) peut se maintenir dans certains mots.


La prononciation [c] ou [t͡ʃ] peut se modifier devant -s du pluriel:

castèths [kasˈtɛts] (nord-ouest du Béarn, Landes), [kasˈtɛjts] (Ossau), [kasˈtɛt͡ʃ] (nord-ouest du Béarn, rare), mais en Aspe au pluriel comme au singulier [t͡ʃ].

Ailleurs

  • Le digramme TH existe aussi ailleurs qu'en fin de mot, pour noter [c]. il s'agit de mots propres aux parlers de la région Salies-Bidache-Peyrehorade:

thoriquejar [cuɾikeˈja]: "rouler, dévaler"

Une étude approfondie de ces mots devrait sans doute amener à les relier à des racines gasconnes plus générales et à les écrire avec CH.

  • Certains emploient TH pour noter la palatalisation de [kj] en gascon pyrénéen:

atheu [aˈcew]

thò [cɔ]

La graphie classique n'ayant pas pour vocation de noter toutes les particularités micro-dialectales, il convient de rétablir les graphies générales aquiu, quiò pour noter ces prononciations.