La conjonction QUI

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Dans certains cas, le gascon n'emploie pas la conjonction QUE, mais une autre conjonction, QUI, qui en dérive phonétiquement.


Origine et extension géographique de QUI

Jean Bouzet relie le passage de QUE à QUI à l'évolution E > I en position antétonique, c'est-à-dire dans les syllabes précédant directement la syllabe tonique. Il cite à l'appui de sa thèse des exemples comme bitara, digun, dilhèu, où le i procède d'un e.

Jean Bouzet ajoute que ce passage doit être antérieur à l'extension de l'énonciatif, "car, dans le cas contraire, celui-ci aurait subi la même évolution". En tout cas, la conjonction QUI n'existe que dans des régions où l'énonciatif QUE est d'usage courant, principalement en Béarn et en Bigorre. Ailleurs, on emploie QUE. En outre, les Récits d'histoire sainte montrent que QUI existait déjà et était employé au XVe siècle:

Quant fo lo VIIme die qui Daniel fo mes en la carsa ab los leoos: "Sept jours après que Daniel eût été mis en prison avec les lions..."

En lo temps aquet qui David regna...: "En ce temps où David régna..."

Emplois de QUI

En tête de propositions subordonnées circonstancielles

On trouve QUI pour introduire les propositions circonstancielles après les formes exprimant le temps, le lieu, la manière, la cause, la concession...

1) Le temps:

E i a hèra qui m’avetz vista? (Casebonne)

Que viení taus Escarts plan abans qui aquestes e s’estén maridats. (Peyroutet)

...iva òra après qui las gojatas, / au lhit estenudas e platas, / ne sonjavan a tamborins, / e ronflavan com bèths barquins... (Fablas causidas de La Fontaine en vèrs gascons)

Qu’a passat pro de temps embarrat, eth, mentre qui s’acabavan d’esclairar aqueths ahèrs de hurts e de murtres. (Lavit)

Despuish dus ans qui non n’avem novèlas... (Palay)

2) Le lieu:

Qu’ei de la mar qui vien lo vent. (Nadau)

3) La manière:

Qu’èra atau qui tots l’aperavan. (Palay)

En retocar la tèrra mairana ne sòi pas jamei estat lo medish qui èri hòra de noste. (Palay)

au medish punt qui l’arròsa quan s’aparia ad orbir lo son pompom aus potins de l’arrai (Lalanne)

4) La cause:

Qu’ei per’mor d’aquò qui soi passat entad aquesta riba.. (Casebonne)

5) la concession:

A maugrat qui non volosse, que’s deishà escapar aquestas paraulas... (Lalanne)

On le trouve notamment pour introduire les subordonnées de concession, après per ou per tant:

per pregond qui sia lo huec (Lalanne)

Be son bracas aqueras pausas per tant qui durin! (Hustaix)

Per tant qui sian granas las hamièras, la necèra, que i a tostemps òmis tà véner e tà crompar. (Lapassade)

En tête d'une subordonnée exprimant l'intensité

On le trouve également QUI après tant lorsqu'il ne s'agit pas d'exprimer l'égalité, mais l'intensité:

Que hasè Papà! zozó! tant qui podè cridar. (Camélat)

Pour reprendre une conjonction QUE déjà exprimée

per'mor que hèras e l'ac an dit e qui a comprés: "parce que bien des gens le lui ont dit et qu'il a compris"

Dans ce cas, l'emploi de qui permet d'éviter une confusion possible avec que, qui pourrait être confondu avec un énonciatif.

Localisme

Dans les lieux où on emploie DE QUI comme forme de relatif plutôt que QUI (Pontacq, une partie de la Bigorre...), on peut trouver également DE QUI, locution conjonctive, au lieu de QUI:

Quin se he que despuish de qui èram amassas en Vassiar, tot que m’ei anat a l’ensús? (Camélat)

Hésitation entre QUE et QUI

Bouzet explique que pour lui, QUE et QUI sont deux conjonctions bien distinctes. Pourtant, l'étude attentive des meilleurs auteurs montre bien, dès les origines, une hésitation entre QUE et QUI dans la plupart des cas cités ci-dessus. Que l'on compare les exemples ci-dessous à ceux que nous avons donnés:

depuixs que Dius forma lo ceu et la terra (Récits d'Histoire sainte)

drin de brut, / abans que lo francés en plen non ns’aja / croishits. (Camélat)

N’avè pas ua òra qu’èran partits. (Hustach)

Lo sang qui as barrejat tà la patria qu’ei lo medish que lo qui batana hens lo men còr. (Casebonne)

la medisha canta que Daunina avè entenut a Vitenh (Hustach)

Qu’ei tanben per’mor d’aquò que los clients ne’u pagan pas. (Palay)

En fait, la question est complexe car il semble que qui soit plus fréquent après certains mots qu'après d'autres; ainsi, si abans que concurrence abans qui, il est beaucoup plus rare de trouver mentre que que mentre qui. Une étude détaillée serait nécessaire.

Quoi qu'il en soit, la plupart du temps on pourra employer que aussi bien que qui. Mais on emploiera qui chaque fois qu'il y a un risque de confusion possible avec l'énonciatif que, et en particulier dans les subordonnées temporelles aux temps composés de type participe passé + qui + auxiliaire:

Sortits deu cabinet alergologic qui estón... (Las Tortoras): "Lorsqu'ils furent sortis du cabinet allergologique..."

Cas de confusion entre les diverses formes QUE et QUI

Dans notre idiome (gascon de Béarn, Bigorre, Sud-Landes), QUE peut être un énonciatif ou une conjonction et QUI un pronom relatif ou une conjonction. Les deux formes devraient être nettement distinctes, mais, n'en déplaise à Bouzet et à ses tentatives de systématisation, des inadvertances commises par les meilleurs auteurs montrent que les cas de confusion existaient dès l'époque où notre langue régionale était employée quotidiennement par la plus grande partie de la population:

Autament ne comprenerén pas çò que segueish. (Hustach): emploi de que comme pronom relatif au lieu de qui attendu

La dijaus de Pascas, l’Academia qui tienó session (Reclams de Biarn e Gascougne, juin 1927): emploi de qui comme énonciatif (rare)

Perqué’m disès qui m’aimavas? (Palay): emploie de qui comme conjonction introduisant une complétive, au lieu de que attendu (rare aussi)

Bien qu'"illustrées" par des noms prestigieux, de telles confusions ne sont ni à recommander ni à suivre.