Différences entre les versions de « 3. G. Les démonstratifs »

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'''Quin se hè Miquèu, desempuish quan avetz açò?''' (Casebonne): "Comment cela se fait-il, Michel, depuis quand avez-vous ceci ?" (la narratrice parler d'un objet qu'elle tient à la main)
'''Quin se hè Miquèu, desempuish quan avetz açò?''' (Casebonne): "Comment cela se fait-il, Michel, depuis quand avez-vous ceci ?" (la narratrice parler d'un objet qu'elle tient à la main)


'''Qu’ei atau qui vse n’èi podut condar tot açò.''' (Palay): "C'est ainsi que j'ai pu vous raconter ça." (ce que je viens de raconter)
'''Qu’ei atau qui vse n’èi podut condar tot açò.''' (Palay): "C'est ainsi que j'ai pu vous en raconter tout ceci." (ce que je viens de raconter)


'''Que’us vau díser açò: « Citoyens de la Lune, le moment est venu de secouer enfin vos chaînes. »''' (Hustach): "Je vais vous dire ceci..."
'''Que’us vau díser açò: « Citoyens de la Lune, le moment est venu de secouer enfin vos chaînes. »''' (Hustach): "Je vais vous dire ceci..."

Version du 5 novembre 2017 à 18:04

Il existe en gascon trois séries de démonstratifs, toutes les trois bien vivantes et qui ne s'emploie pas dans les mêmes circonstances. Les mêmes formes servent de déterminants ("adjectifs démonstatifs") et de pronoms, à l'exception des formes neutres, qui ne s'emploient que comme pronoms.


La première série

Ses formes

singulier pluriel
masculin AQUESTE AQUESTES
féminin AQUESTA AQUESTAS
neutre AÇÒ

Son emploi

Il indique ce qui est proche dans l'espace ("ici") et le temps ("maintenant"), ce qui est près de la personne qui parle, ce qui vient d'être cité en dernier lieu ou ce qui va être cité.

En aquesta vita, mon oncle aprengoc fòrça causas que lo serviscón mès tard. (Bladé): "Dans cette vie [la vie présente, la vie terrestre opposée à la vie céleste], mon oncle apprit beaucoup de choses qui lui servirent plus tard."

aquestes torns: ces temps-ci

Lo gran pintre qui’s volhi carcar de har aqueste beròi tablèu… (Hustach): "Le grand peintre qui voudra se charger de faire ce joli tableau..." (la scène que je suis en train de de décrire)

Quin se hè Miquèu, desempuish quan avetz açò? (Casebonne): "Comment cela se fait-il, Michel, depuis quand avez-vous ceci ?" (la narratrice parler d'un objet qu'elle tient à la main)

Qu’ei atau qui vse n’èi podut condar tot açò. (Palay): "C'est ainsi que j'ai pu vous en raconter tout ceci." (ce que je viens de raconter)

Que’us vau díser açò: « Citoyens de la Lune, le moment est venu de secouer enfin vos chaînes. » (Hustach): "Je vais vous dire ceci..."

Que tenó lo flascon aus gendarmas, e com aquestes e refusavan, eth que se’n he ua bona lampada. (Peyroutet): "Il tendit le flacion aux gendarmes, et comme ceux-ci refusaient, il en but une bonne gorgée.

Entertant que los auts quate òmis avèn los uelhs virats de cap tà Pièrra, aqueste que’s sedó au ras deu carboèr. (Yan dou Sabalot): "Pendant que les quatre autre hommes avaient les yeux tournés vers Pierre, ce dernier s'assit à côté du charbonnier."

Localisme

En Lavedan et dans la haute vallée de l'Adour, au lieu de AQUESTE, AQUESTA, etc. on trouve ESTE, ESTA:

este pòble en susmauta. (Lavit): "ce peuple en révolte"

en esta auberjassa (Lavit): "dans cette mauvaise auberge"

Le initial de ce démonstratif est souvent ouvert (èste):

èste dia ei un bèth dia (Camélat): "ce jour est un beau jour"

La seconde série

Ses formes

singulier pluriel
masculin AQUETH AQUETHS
féminin AQUERA AQUERAS
neutre AQUÒ

Dans les Pyrénées et les zones du piémont pyrénéen, on trouve souvent, au lieu de aquò, la forme aquerò. Cette forme, qui se prononce régulièrement [akeˈɾɔ], se réduit à [aˈkɾɔ] à Luchon et au Val d'Aran.

Son emploi

La deuxième série de démonstratif s'emploie pour indiquer ce qui est près de la personne à qui on parle et ce qui s'est passé dans le passé ou se passera dans le futur.

Aqueth dia, de cap a mieidia e mieja, Mamà que preparava lo disnar a la petita cosina… (Javaloyès): "Ce jour-là, vrs midi, Mamam préparait le déjeuner dans la petite cuisine."

L’eleccion que’s devè har lo 23 de genèr e que decidii d’essajar d’entrar au Parlament, aqueth dia, entà i assistir de près. (Arantxa): "L'élection devait avoir lieu le 23 janvier et je décidai d'essayer d'entrer dans le Parlement, ce jour-là, pour y assister de près."

Que’m voló… har enténer lo brut de la guèrra aquera (Javaloyès): "Il voulut me faire entendre le brut de cette guerre-là." (Aquesta guèrra désignerait la guerre d'Algérie)

Le fragment suivant montre bien l'opposition entre aqueste et aqueth:

— E aqueste sang? — Aqueth sang, que l’averàs sudat de pau (abbé Badiolle): "— Et ce sang (que j'ai sur moi) ? — Ce sang (que tu as sur toi), tu as dû le suer de peur."

De même:

Que coneishi lo maire e lo regent, mes aqueth qu'ei brave e aqueste, arrebohièc: "Je connais le maire et l'isntituteur, mais le premier est brave et le second grincheux"

Quant on ne cherche pas à exprimer un dégré d'éloignement ou de proximité spécifique par rapport à la personne qui parle, on emploi aussi cette série de démonstratifs, par exemple dans une narration:

E sabetz d’alhors qu’èra aqueth ahar qui s’avè trobat lo notari de Lescar? (Palay): "Savez-vous d'ailleurs ce que c'était que cette affaire qu'avait inventée le notaire de Lescar ?"

l’ainat de Bòrdavielha que seré d’aqueth disnar. (Palay): "L'aîné de Bordevieille serait de ce déjeuner."

De ce fait, cette série est la plus employée des trois.

Sens particulier

E aquò? est une façon de demander Pourquoi?:

— Adishatz, tot lo monde e la companhia! Eh ben, que se n’i passa de bèras. — E aquò ? Qu’ei donc çò qui s’i passa? On se n’i passa? (Palay): "Bonjour, tout le monde ! Eh bien, c'est du joli ce qui se passe ! — Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe, donc ? Où se passe-t-il quelque chose ?"

La troisième série

Ses formes

singulier pluriel
masculin ACETH ACETHS
féminin ACERA AQUERAS
neutre ACERÒ

Son emploi

La troisième série de démonstratif est la moins employée des trois. Elle s'emploie pour indiquer ce qui est éloigné tant de celui qui parle comme de son interlocuteur, ce dont on parle ou qui en est proche, et plus rarement ce qui appartient au passé ou au futur (cas dans lequel on préfère la deuxième série):

Ja saps com jo d’on soi vadut, d’aceth blangat de maison, e quant d’annadas e i a… (camélat): "Tu sais comme moi où je suis né, dans ce point blanc que forme la maison [là-bas], et il y a bien des années..."

Anem, pusqu’aceth parelh an dejà la dancèra, que te’n cau balhar un torn dab Paulina, eh? (Camélat): "Allons, puisque ce couple [là-bas] a déjà envie de danser, il faut que tu fasses un tour de danse avec pauline, hein ?'

Que seram mes au sobac sus aceth tuquet. (Lavit): "Nous serons davantage à l'abri sur ce tertre [là-bas]"


Constructions particulières du démonstratif

Avec l'article

Les démonstratifs (autres que les formes neutres) peuvent être employés postposés au nom, alors que celui-ci est précédé de l'article:

Lo sendèr aqueth que se n'anava peu miei d'un prat de hen madur. (Casebonne): Ce sentier passait au milieu d'un pré de foin mûr.

Construction partitive

Les démonstratifs peuvent prendre une construction partitive (introduite par de), qui se réfère à une partie d'un ensemble:

Los hilhs, acostumats d’audir d’aqueths nhacs, no’s botjavan. (Camélat) : Mes fils, habitués à entendre des piques de ce genre, ne bougeaient pas.

Dans cette construction, le démonstratif est ordinairement postposé:

un dia d'aquestes (Casebonne): "un de ces jours"

bèth còp de uelh lèste d’aqueths qui non trompan pas (Casebonne): "un de ces coups d'oeil hardis qui ne trompent pas"

Emploi particulier des démonstratifs neutres

  • Les démonstratifs neutres peuvent introduire un adjectif ou un participe passé (précédé de DE):

De París avant que’m disen en francés... açò de plan tornejat:... (Daugé): "De Paris on me dit en français... ceci, qui est bien tourné:..."

  • Ils peuvent aussi être suivis d'un nom ou d'un mot d'une autre nature grammaticale (toujours précédé de DE), y compris désignant une personne:

Que’m menshidi tostemps d’açò de joens. (Peyroutet): "Je me méfie des jeunes."

Joens e vielhs que son atau. Los vielhs, / de véder aquò de joen, que’us hè ‘scòser los uelhs. (Abadie): "Jeunes et vieux sont ainsi. Les vieux, voir de la jeunesse leur fait mal aux yeux."

Paulà, qu’ac ei, aquò de s’estar sols n’ei pas bon tad arrés. (Peyroutet): "Paula, c'est vrai, rester seul [comme tu le fais] n'est bon pour personne."

  • Ils peuvent enfin, mais cela est rare, être suivis directemet d'un adjectif. On traduira de diverses façons:

Bevetz açò caut, que’vs harà ben! (Yan dou Sabalot): "Buvez ceci [qui est chaud], ça vous fera du bien". "Buvez quelque chose de chaud".

La carecina / d’un nenè, lo gorguei de quauque ausèth / maitièr, qué son au ras d’aquò tan bèth? (Camélat): "La douce caresse d'un bébé, le gazouillis de quelque oiseau matinal, qu'est-ce que c'est à côté de cette beauté."

Le démonstratif dans la traduction de C'EST

Pour rendre le français C'EST, on peut accorder le démonstratif qui précède le verbe en genre et en nombre avec le nom attribut:

Aquera qu’ei la sapiença vertadèra. (Palay): "C'est la vraie sagesse."

Le nom sapiença est sous-entendu après aquera. Cette construction, bien que rare, est beaucoup plus authentique que celle qui consiste à employer un pronom neutre:

Açò qu'ei la sapiença vertadèra.

On peut aussi, naturellement, construire la phrase sans sujet exprimé, C'EST ne se traduisant pas:

Qu'ei la sapiença vertadèra.

Le démonstratif ÇÒ

Il existe encore un pronom démonstratif, çò, qui s'emploie comme antécédent d'un pronom relatif:

Mès si tu vòs har çò que jo’t dirè... (Garros): "Mais si tu veux faire ce que je vais te dire..."

Il s'emploie également devant des mots de toute nature grammaticale; il est alors précédé de de.

Voir: L'article neutre