1. H. L'orthographe des mots composés et du trait d'union

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Les règles d'emploi du trait d'union, fixées par le Conselh de la lenga occitana — dont nous nous inspirons ici de l'exposé, fait brillamment par Domergue Sumien — sont sensiblement différentes en occitan et en français.

L'occitan emploie beaucoup moins le trait d'union que le français. Les formes composées sont beaucoup plus souvent soudées: pòrtamoneda, antisismic, preseleccion. Ils peuvent aussi être séparés: guilhèm branèr.

L'absence de soudure a lieu en particulier quand chaque élément peut prendre les marques du féminin ou du pluriel: telefòne mobile --> telefònes mobiles.


Emploi du trait d'union

  • Le trait d'union s'emploie derrière les préfixes qui peuvent être des mots grammaticaux autonomes (ÈX-, QUASI- et NON-): l'èx-ministre, lo quasi-delicte (mais: Qu'ei quasi un delicte), la non-violéncia (mais: non pas eth). Toutefois, on ne l'emploie pas pour relier un de ces préfixes à un nom propre: Volgograd, èx Tzaritzyn.
  • Il s'emploie après les préfixes provenant des points cardinaux (nòrd-, sud-, èst-, oèst-) et des adjectis haut- et baish-: haut-auvernhat, nòrd-irlandés. Ici aussi, on ne l'emploie pas devant un nom propre: Baish Ador, Hauts Pirenèus.
  • Il s'emploie quand la composition d'un mot se produit par la répétition ou la succession de formes équivalentes, du nom des points cardinaux, d'onomatopées, de formes expressives ou de duplication: pòrta-frinèsta, cava-cooperativa, agre-doç, anar-tornar, dinga-la-danga, balin-balan, liro-laro, atau-atau, sud-èst, nòrd-oèst.

Dans certains de ces mots, chaque élément peut prendre la marque du féminin ou celle du pluriel: pòrtas-frinèstas, cavas-cooperativas, agras-doças.

Dans les formes expressives, toutefois, le pluriel est marqué une seule fois, à la fin: nhica-nhacas.

plan-estar

saber-har

non-arren

d'arrèr-uelh

  • Le trait d'union s'emploie dans les toponymes qui regroupent plusieurs noms équivalents: Alsàcia-Lorrena, Papoa-Navèra Guinea. Il ne s'emploie pas dans le cas des noms de départements: Tarn e Garona, Pirenèus Atlantics, Hauts Pirenèus. On recommande d'écrire avec e les noms composés de communes provenant d'anciennes communes qui ont fusionné: Sevinhac e Meirac; Autivièla, Sent Martin e Vidèren.


Absence de trait d'union

Nom et adjectif

On n'emploie pas le trait d'union quand le composé est formé d'un nom suivi d'un adjectif et que tous deux prennent la marque du pluriel:

pic escorcèr --> pics escorcèrs

bròc blanc --> bròcs blancs

rata penada ---> ratas penadas (mais aussi: ratapenada ---> ratapenadas)

Mais les composés de ce type s'écrivent en un seul mot lorsqu'il s'agit de toponymes fixés en un seul mot: Vièlanava, Castèthnau. Toutefois, en présence de la préposition de ou du mot Sent, Senta, on ne soude pas: Geus d'Arsac, Ais de Provença, Sent Avit, Sent Visenç de Tiròssa.


Dérivés de composés

Les dérivés de composés écrits en deux mots sont soudés:

aiga senhada --> aigasenhèr

Cap Verd --> capverdian

hèr blanc --> hèrblanqueria

En effet, seul le second élément peut prendre les marques du féminin ou du pluriel: aigasenhèrs, capverdiana, capverdianas, hèrblanquerias.


Numéraux

On écrit sans trait d'union les numéraux cardinaux et ordinaux formés de deux ou plusieurs éléments: dètz e ueit, vint e nau, quaranta quate, cent cinquanta cinc, vint e dusau, seishanta setau...


Adjectifs exocentriques

On appelle adjectifs exocentriques les adjectifs qui qualifient un être ou un objet à travers une propriété qu'il possède; ils s'écrivent les deux éléments soudés; seul le deuxième élément prend les marques du singulier et du pluriel:

ua gojata peulongueta --> gojatas peulonguetas

un òmi camabrac --> ua hemna camabraca

lo pènegre --> los pènegres

lo pètharroi --> los pètharrois

Cependant, cette catégorie de mots étant largement ouverte, nous proposons de tolérer l'emploi du trait d'union pour ceux d'entre eux qui sont rares ou de création spontanée d'un locuteur ou d'un auteur, afin de bien marquer le caractère composé du mot, et partant, de faciliter sa compréhension et sa prononciation:

hica-nas (plutôt que hicanàs)

De même, lorsque le second composant commence par une voyelle, il semble nécessaire de noter un trait d'union après n caduc ou vélaire et r du premier élément:

man-ubèrta

còr-estrenhut


Nom + nom

Pour les noms composés formés de deux noms, trois cas peuvent se présenter:

  • les noms composés formés de deux noms placés sur le même plan; on les écrit avec un trait d'union car les deux éléments prennent la marque du pluriel: vagon-cistèrna (vagons-cistèrnas), pòrta-frinèsta (pòrtas-frinèstas). Le premier mot désigne un objet à la fois wagon et citerne, le deuxième une ouverture à la fois porte et fenêtre.
  • les noms composés formés de deux noms qui ne sont pas placés sur le même plan: lampa petròli, escòla pilòt. Seul le premier élément prend la marque du pluriel: lampas petròli, escòlas pilòt. On voit que le premier mot désigne une sorte de lampe, mais pas une sorte de pétrole; le second mot désigne une école, mais pas un pilote!
  • des noms composés présents dans la langue depuis longtemps, qui s'écrivent soudés, car seul le second élément prend la marque du pluriel: aiganèu (aiganèus), tèrrahems (tèrrahems).


Nom + préposition + complément

Les noms composés formés sur le modèle nom + préposition + complément s'écrivent sans trait d'union; seul le premier élément prend la marque du pluriel:

uelh de tord (--> uelhs de tord)

pebe d'aiga (--> pebes d'aiga)

lutz en crampa (--> lutz en crampa)


Verbe + nom

  • Les mots et adjectifs composés formés sur le modèle verbe + nom s'écrivent soudés; seul le second élément prend la marque du pluriel:

matahami (--> matahamis)

sautaprat (--> sautaprats)

prègadiu (--> prègadius)

La voyelle finale -a du premier composant se prononce, selon les endroits et les mots, [ɔ], [ə] ou [a].

  • Toutefois, cette classe de mots étant largement ouverte, on n'hésitera pas à mettre un trait d'union entre les deux composants lorsque cela peut s'avérer nécessaire à la compréhension: escarra-nid, escarra-bal.


Autres composés à premier élément = verbe

On trouve d'autres composés dont le premier élément est un verbe:

  • verbe + adjectif: on écrit ces composés soudés; l'adjectif ayant une valeur adverbiale, il est recommandé de ne pas marquer le pluriel:

bohabrac (--> bohabrac)

pintaberòi (--> pintaberòi)

On trouve parfois bohabracs, pintaberòis; ces formes sont à réserver à la langue populaire (Bouzet).

  • verbe + plusieurs mots: on écrit les composés formés d'un verbe suivi de plusieurs mots (groupe nominal, complément, proposition) avec un trait d'union; ces composés sont invariables:

sauta-la-brosta (--> sauta-la-brosta)

pausa-l'i-tot-doç (--> pausa-l'i-tot-doç)

minja-quan-n'a (--> minja-quan-n'a)

On trouve parfois des formes à pluriel marqué comme minja-quan-n'as; il est préférable de les réserver à la langue populaire.


Composés à structure XoY

  • Lorsque ces mots sont des adjectifs faisant référence à une coordination entre leurs composants, le premier composant porte un accent tonique secondaire, noté sur è et ò; il s'agit souvent d'appartenances ethniques:

sèrbocroat [ˌsɛɾβukɾuˈat] (qui concerne à la fois le serbe et le croate)

sòcioeconomic [ˌsɔsiuekunuˈmik] (à la fois social et économique)

arvèrnomediterranèu [aɾˌβɛɾɾnumeðiteɾɾaˈnɛw] (regroupant une zone allant de l'Auvergne à la Méditerranée)

Mais on ne note pas l'accent secondaire sur les autres voyelles:

cardiovascular [ˌkaɾðjuβaskyˈla]

politicoeconomic [puliˌtikuekunuˈmik]

On ne note pas de tréma sur la première voyelle du second composant:

francoitalian [ˌfɾaŋkuitaˈljã]

Ces adjectifs peuvent s'employer comme nom:

Qu'apren lo sèrbocroat.

L'arvèrnomediterranèu qu'ei ua de las granas zònas lingüisticas de l'occitan.

  • Lorsque ces mots ne sont pas des adjectifs faisant référence à une coordination de leurs composants, il n'y a pas d'accent tonique secondaire — et partant jamais d'accent écrit — sur le premier composant:

termomètre

sismograf

sociolingüistic (qui concerne la sociolinguistique, et non pas: qui est à la fois social et linguistique)


Considérations sur l'orthographe et la prononciation

Les composants qui viennent en second lieu gardent leur prononciation d'origine; on n'écrit, le cas échéant, qu'un seul r ou un seul s en tête du second composé, mais la prononciation reste [ɾɾ] ou [s]:

asociau [asuˈsjaw]

aritmic [aɾɾimˈmik]

coresponsable [kuɾɾespunˈsaβle]

preseleccion [pɾeselekˈsjũ]

Dans les composés à premier élément pòst, on simplifiera, lorsqu'il y a lieu, la prononciation des groupes de consonnes, dans l'esprit de la phonétique gasconne qui répugne à prononcer les groupes de trois consonnes:

pòstmodèrne [pɔzmuˈðɛɾɾne]


Haplologie

L'haplologie consiste à supprimer une répétition de lettres ou de phonèmes. Selon les cas, on supprime, dans les mots composés, deux lettres identiques ou on ne les supprime pas.

  • L'haplologie n'a pas lieu lorsqu'il n'y a pas, ou pas systématiquement, élision de la seconde voyelle dans la prononciation:

antiimperialisme [ˌantiimpeɾjaˈlizme], [ˌantjimpeɾjaˈlizme]

neooccitanisme [ˌneuusitaˈnizme], [ˌnewutsitaˈnizme]

  • Elle a lieu lorsqu'il y a élision de la seconde voyelle dans la prononciation et que les deux voyelles sont identiques:

pòrtavions [ˌpɔɾɾtaˈβjũs]

centreuropèu [sentrewruˈpɛw]

  • Elle a lieu dans le cas de deux consonnes identiques après une autre consonne:

pòstonic

sanglaçar

francomtés

  • Elle n'a pas lieu dans le cas de deux voyelles non identiques, dont l'une des deux s'élide dans la prononciation:

contraofensiva [ˌkuntɾufenˈsiβɔ]

centreasiatic [ˌsentɾazjaˈtik]

viceamirau [ˌbisamiˈɾaw]

pòrtaensenhas [ˌpɔɾɾtenˈseɲɔs]


Remarque

On écrit soudés les noms dérivant de constructions impliquant un article ou un pronom; ils prennent une seule marque de pluriel, à la fin:

Ne n'èi pas qué har. --> lo quehar, los quehars

Ne'u voi pas har deumau. --> lo deumau, los deumaus

har deu tòrt a la Republica (Larroque) --> Non l'aví hèit nat deutòrt (Camélat)

har deu ben --> hèra de deuben (Lalanne)

lo de qué víver --> lo dequé (Hustach)

N’èri pas riche e quauques escutòts ne m’èran pas de grèu. (Palay) --> De tira que prenem la volada, abandoant, sense degrèu nat, aquera lana de misèria. (Lavit)

Jo qu'èi tan bon dret que ne sèi pas qué díser. (Lalanne) --> Las vrèspas… que son meilèu un quédíser entà la joenessa qui sap qu’au sortit que trobaràn la musica sus l’empont au prat deu Chicoton. (Palay)