5. Mots à revoir

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Le dictionnaire de Per Noste est d'un niveau globalement satisfaisant, mais l'orthographe de certains mots gascons y est à revoir, tandis que d'autres mots donnés comme équivalents du fr. semblent avoir été inventés de toutes pièces par les auteurs. Nous ne considérons ici que quelques-uns de ces mots qu'il faudra revoir.

On pourra lire en complément à cette fiche le paragraphe 1._A._Les_principes_de_la_graphie_classique#Vers_une_orthographe.


A

*AMASSADA

Ce mot est authentiquement gascon, mais désigne en fait une réunion informelle: réunion de gens à l'occasion d'une fête ou d'un marché, à la veillée... Casebonne nous apprend qu'au marché d'Oloron du vendredi saint, arren non manca de çò qui's ved en ua d'aqueras amassadas d'ahars e de passei ("rien ne manque de ce qu'on voit dans une de ces assemblées d'affaires et de promenade"). Inversement, Camélat parle de reünion familiau. Pour parler de la réunion d'une association ou du conseil des ministres, on emploiera, comme dans les autres langues romanes, reünion. Pour "assemblée générale", amassada ne convenant pas non plus, on dira assemblada generau. Le mot assemblada est authentiquement gascon.


*ÀNJOL

L'étymologie étant ANGELU, il n'y a pas lieu d'adopter cette graphie faussement étymologique. On écrira anjo. On évitera par ailleurs tous les -l muets en fin de mot puisque le -l final roman s'est vocalisé en gascon; on écrira còsso et non *còssol (et encore moins *cònsol). On admettra capítol, títol parce que ces formes sont largements socialisées, mais il faut les prononcer correctement, sans [l] final: [kapˈitu ], [tˈitu].


*ARREGUITNAR

Palay écrit <arreguinnà>, mais aussi <arreguisnà> en indiquant que cette forme s'emploie dans le Gers; d'autre part, le dictionnaire de l'abbé Foix donne aussi, pour le gascon des Landes, <arreguisnà>. Il convient donc d'écrire arreguisnar. L'étymologie est le gothique WINNAN, avec passage du premier n à s dans certains parlers, par dissimilation.


*ASSASSIN

Le Per Noste porte *assassin pour le français "assassin ", mais le Palay donne <assasî>, que l'on trouve, au demeurant, dans plusieurs textes d'auteurs de la pemière moitié du XXe siècle. La forme correcte est donc assasin, et de là assasinar, assasinat, assasinaire.


*ATÉNER

Cette forme est une invention du dictionnaire de Per Noste: la forme authentique est aténder. Cette forme peut étonner: il s'agit sans aucun doute d'un emprunt au lat. Elle est attestée depuis au moins le XVIe siècle: Ordonnam que los Executors deus Mandements de Iusticy (…) segon que per la partide executante seran requerits, sens attender ni seruar l’ordre de drect tocquant lasdites executions... (Styl de la Justicy deu païs de Bearn)


*AUTORN DE

On écrit au près, on écrira donc au torn de, d'autant plus que l'on dit peu torn de, tirà's deu torn, Que'm virava au torn.


B

*BRINCHUT

Ce mot se prononce [bɾinʃˈyt] dans la chanson écrite par Al-Cartero Los picatalòs. L'auteur était de Salies, localité du Nord-Ouest du Béarn où ch se prononce [c] (sauf dans les francismes). On doit donc écrire brinshut. Ce mot vient de brinsha, "fibre", qui est lui-même issu de brin, "brin".


*BRUTLAR

[bɾyllˈa] doit-il s'écrire brutlar ? Dans la mesure où le Palay donne une variante de prononciation [brynlˈa], cette orthographe est sans aucun doute correcte: on sait que le groupe de consonnes TL se prononce [nl] dans de nombreux parlers. Pour autant, elle n'englobe pas toutes les réalisations possibles: Palay donne aussi <bruslà>, et Camélat a écrit ce mot ainsi dans toute son oeuvre. Il convient donc d'accepter également une forme bruslar (prononcée [bɾyllˈa] ou [bɾyzlˈa], forme au moins béarnaise et lavedanaise, en plus de brutlar. Au demeurant, il existe un doublet bien connu usclar. L'orthographe bruslar est conforme à l'étymologie USTULARE (voir [1]).


C

*CAUT E HRED

"Un chaud et froid" ne se dit pas *un caut e hred, francisme à rejeter absolument et que l'on s'étonne de trouver dans le dictionnaire de Per Noste, mais un contrari:

Quan vien d’amainadar, Belina que gaha un contrari e que se’n moreish, la praubòta, en deishar soleta ua nèna qui gemica au brèç (Simin Palay): "Alors qu'elle vient d'accoucher, Béline attrape un chaud et froid et en meurt, en laissant seul un bébé qui gémit dans son berceau".


*CHACAR

Il existe une forme sacar, ce qui prouve qu'il y a eu chuintement du s initial; Vincent Foix donnant, pour les Landes, la forme [caˈka], on admettra que sh peut se prononcer [c] en gascon occidental. Pour ce mot et les suivants, cf. la fiche 4. C. Emploi et prononciation de CH, SH et TH.


*CHEBIT ET DÉRIVÉS

Ce mot est sans doute à l'origine une onomatopée; de ce fait, il n'y a pas d'étymologie qui imposerait une orthographe plutôt qu'une autre. Cependant, le dictionnaire de Vincent Foix ne donnant pas de forme avec [c] et l'aranais écrivant shebitejar, il convient d'écire shebit, shebitar, shebitejar et dérivés.


*CHISCLAR

Il existe une forme sisclar, ce qui prouve qu'il y a eu chuintement du s initial; on doit donc écrire shisclar. Au demeurant, le dictionnaire du Vincent Foix donne <chiscla> [ʃisklˈa].


*CHUCAR

Ce mot vient du latin SUCCARE. En outre, Simin Palay donne: suc. — V. chuc plus usité et ses dérivés. Vincent Foix donne les deux formes [ʃykˈa] et [cykˈa]. L'étymologie devant être préférée pour le choix de la graphie englobante, celle-ci ne peut être que shucar, en admettant, comme nous l'avons déjà dit, que sh peut se prononce [c] en gascon occidental. V. 4. C. Emploi et prononciation de CH, SH et TH.


*COIRASSA

Donné par le Per Noste pour "cuirasse", coirassa est un mot de l'ancien occitan général, mais le mot gascon est cuerami.


*COLHON ET DÉRIVÉS

Palay écrit <couyoû>. Il s'agit visiblement d'une prononciation déformée par euphémisme de colhon. On distinguera donc coion "sot, imbécile" de colhon (vulg., "testicule").


*COLPA

Ce l s'est vocalisé très tôt et n'est prononcé nulle part; on écrira copa; de même, on écrit vop (< VULPE) et pas *volp.


*CONSIRAR

Le n de ce mot ne se prononce nulle part; il était d'ailleurs déjà muet en latin parlé tardif. On écrira cossirar.


*CORBAISH

Ce mot, qui est une variante de corbàs, doit être écrit corbash. Nous nous permettons de renvoyer à la fiche sur l'emploi de CH, SH et TH: 4. C. Emploi et prononciation de CH, SH et TH.


*CÒS

Cette graphie n'est pas englobante pour le gascon puisque certains parlers prononcent [kˈɔɾɾs]. En outre, les diminutifs ont un [p] (au ras deu ton praube corpishòt(Palay): "près de ton pauvre petit corps"). De surcroît, còrs signifie "corsage". Il convient donc d'écrire còrps. C'est une graphie donnée ailleurs, pour le limousin, par Yves Lavalade dans son Dictionnaire français-occitan.


D

*DELICATESSA

Per Noste donne justement pour "délicat, -e", delicat, -ada. Les dérivés se formant à partir de la forme féminine, on doit avoir la forme delicadessa. On peut aussi, pour la formation des dérivés, remonter au lat., mais force est de constater que le catalan, qui remonte lui aussi largement aux formes lat. pour la formation des dérivés, a delicadesa. Le dictionaire du CREO Provence opte lui aussi pour delicadesa. Raisons de plus de dire et d'écrire delicadessa.


*DESAPARÉISHER

Desaparéisher existe:

Que desapareishèn, un còp vrenhas hèitas, dinc a un aute torn (Palay): "Ils disparaissaient, une fois les vendages faites, jusqu'à une autre fois."

Que desapareish ua pausa (Bouzet): "Elle disparaît un moment."

Mais cette forme semble moins courante que desparéisher:

De dia en dia la plaga que despareish (Abadie): "Jour après jour la plaie disparaît."

Los dus auts que despareishen (Palay): "Les deux autres disparaissent."

Narcisse Labòrda que despareishè (Camélat): "Narcisse Laborde disparaissait."

Lo cafard despareish davant lo vin, se ne bevan pas tròp (Saint-Bézard): "Le cafard disparaît face au vin, si on n'en boit pas trop."

La soa familha que despareish deus actes de la vila de Montrejau (Camélat): "Sa famille disparaît des actes de la ville de Montréjeau."

L’avion despareishè tot doç, mèi immobil que la nueit (Manciet): "L'avion disparaissait doucement, plus immobile que la nuit."

Qu’anèi de cap ad eths e que despareishón (Javaloyès): "J'allai vers eux et ils disparurent."

Il faut donc privilégier cette forme.


E

*E DONC

E donc veut dire "et donc". Lorsqu'il s'agit de l'interjection qui signifie "eh bien !", il y a lieu d'écrire eh donc, et ce d'autant plus que dans de nombreux parlers on prononce [heðˈuŋ] ou [hɛðˈuŋ].


*ELEI(T)

Simin palay donne le mot <eléy> au sens d'"élite", et ajoute: "On écrit aussi de ley, avec le même sens." Nous pensons qu'il s'agit bien d'un emploi du mot lei et qu'il n'existe pas de mot *elei (et encore moins *eleit). Palay a raison; au demeurant, l'erreur semble remonter à Mistral lui-même. Le mot de la famille de esléger qui correspond par sa formation au français "élite" serait esleita, mais il n'en a pas le sens. On adoptera le francisme "élite", comme l'ont fait diverses langues européennes, et ce d'autant plus que le mot peut parfois prendre une connotation péjorative dans le contexte politique et social actuel. Nous proposons donc elita.


*EN DE BALAS

Cette locution doit s'écrire en de batles, conformément à la seule prononciation donnée par le dictionnaire de Simin Palay (<endebàlle̩s>) et à l'étymologie, arabe باطل‎ (bâṭil).


*ENVÒUVER

Ce mot signifie "emblaver" et est donné dans le Palay sous la forme <embòbe̩>. Ce qui se prononce [embˈɔβe] ne se prononçant pas [embˈɔwβe], il y a lieu d'écrire envòver. L'étymologie latine est INVOLVERE, mais dans les premiers siècles du gascon, v intervocalique se prononçait [w] dans tous les parlers gascons, y compris ceux qui aujourd'hui prononcent [β]. On prononçait donc [embˈɔwe], qui est passé à [embˈɔβe] en Béarn et en Lavedan.


*ESGARRAUISHAR

Ce mot, qui signifie "égratigner" et se prononce [ezgaɾɾawʃˈa], dérive de garra avec des éléments onomatopéïques (cf. catalan esgarrinxar). Il n'y a pas lieu d'écrire ici -ish- pour [ʃ], puisque l'emploi de ish se justifie par l'existence d'un i prononcé ailleurs dans le diasystème occitan; or, hors du gascon, il n'y a pas de forme avec [is] ou [iʃ]. D'ailleurs, on écrit Aush pour plus de clarté!


*ESMIRAGLAR

Ce mot vient de miracle. Étant donné qu'on écrit miracle avec c, même si une prononciation [miɾˈaggle] est possible, on doit écrire esmiraclar; cela ne change rien à la prononciation. Le dictionnaire d'Alibert et celui d'Ubaud donnent pour le languedocien amiraclar, même sens.


G

*GORBET

Ce mot, qui signifie "oyat", "roseau des sables", doit être orthographié gorbeth puisque un terrain où cette plante pousse en abondance est un gorberar (Gourbéra, toponyme).


*GUA

Ce mot, qui signifie "gué", vient du latin VADU. Or, certains parlers prononcent [gwˈat]. Il convient donc d'écrire guad.


*GUITNAR

Ce mot signifier "sauter, sautiller, ruer". Nous préconisons la graphie guisnar. V. plus haut *arreguitnar.


H

*HESTENAU

Le dictionnaire de Per Noste est le seul qui donne *hestenau. Les deux autres dictionnaires gascons donnent hestau et les trois dictionnaires donnent un second mot, hestejada. Hestau et hestejada conviennent tous les deux: ce sont des mots authentiques, bien attestés. Quand à hestenau, c'est une gasconnisation artificielle du languedocien festenal. Si on tenait à emprunter ce mot au languedocien, les lois phonétiques qui font passer, en gascon, -al final à -au et f à h ayant cessé de jouer depuis plus de mille ans (!), on ne pourrait avoir que la forme festenal. Mais un tel emprunt est inutile puisque le gascon a déjà deux mots. Par ailleurs, la traduction que donne Alibert de festenal étant "grande fête de l'année", la forme gasconne correspondante est hèsta annau.


*HORSÈRA

Ce mot venant du latin FORCELLA, on doit écrire horcèra.


L

*LAMBROR

Ce mot signifie "lueur". Or, il existe aussi une forme eslambror: ... d’aqueras annadas on comencèi a víver de la vòsta ahida, non demora en jo qu’ua eslambror de saunei... (Casebonne): "... de ces années où je commençai à vivre de l'espérance en vous, il ne reste en moi qu'une lueur de rêve..." Par ailleurs, Alibert donne reflambor, "réverbération". Il convient donc d'écrire hlambror (et hlambre, "éclair", mot employé en Bigorre).


N

*NONARREN

Ce mot, qui signifie "néant", se prononce [nuaɾɾˈẽ], ou encore [nwaɾɾˈẽ]. On doit donc écrire non-arren.


P

*LOS PAIRS

Ce mot est une invention récente dans le sens de "parents" ("père et mère"). Quand Camélat écrit: De longtemps a tanben, los mens pairs que l’i sabèn au pè deu Puei, il veut dire "mes ancêtres". Dans le sens du français "les parents", on employait, on doit employer encore aujourd'hui, pair e mair, los pair e mair. Les exemples en sont nombreux chez les auteurs ayant eu le gascon pour idiome maternel:

Ara la flor de tons ans te convida / de leishar pair e mair per un marit (Garros): "Maintenant la fleur de tes annés t'invite / à laisser tes parents pour un mari."

Pair e mair, esmavuts, que’u demandàn qu’avè, e Jan que’us ac digó... (Larroque): "Ses parents, émus, lui demandèrent ce qu'il avait, et Jean leur dit..."

Quan pair e mair entrèn en casa... (Camélat): "Quand les parents entrèrent chez eux..."

Qu’auretz dit l’escolièr bergerèr qui’s pana l’escòla a d’escurs de pair e mair (Lalanne): "On aurait dit l'écolier peu scrupuleux qui fait l'école buissonnière en cachette de ses parents."

Vasut a La Boèira lo 30 de mai de 1844, qu’avè entà pair e mair Bartomiu Arnaudin e Maria Terèsa Bacon (Daugé): "Né à Labouheyre le 30 mai 1844, il avait pour parents Barthélémy Arnaudin et Marie-Thérèse Bacou."

Totas las gojatas de bitara que son caborrudas... I a pas manièra de’us díser arren! Que’n saben mei que pair e mair! (Palay): "Toutes les filles d'aujourd'hui sont têtues... Il n'y a pas moyen de leur dire quoi que ce soit. Elles en savent plus que leurs parents!"

Qu’ei triste de pensar que per aver gahat un mèrlo que soi autant caçat *que s’aví tuat pair e mair (Casebonne): "Il est triste de penser que pour avoir attrapé un merle je suis aussi pourchassé que si j'avais tué mes parents."

Quins pair e mair e pòden deishar har aquò? (Yan de las Cadières): "Comment les parents peuvent-ils laisser faire cela?"

Lorsqu'il s'agit de plusieurs couples, on dira los pairs e mairs.


*PÉBER

La forme *péber est une innovation du dictionnaire de Per Noste. Il convient de revenir à pebe, puisqu'on écrit èster (naguère èste), en dépit de l'étymologie, le -r final de ces mots paroxytons (à accent tonique sur l'avant-dernière syllabe) étant réservé aux verbes. Ainsi, on écrira pebe comme libe sans considérations étymologiques oiseuses. Au demeurant, le latin PIPĔRE a sans doute fait d'abord, en gascon, *pebre, dont la prononciation s'est ensuite simplifiée en [pˈeβe] comme la prononciation de ?libre s'est simplifiée en [lˈiβe].


*PEUGUE

Ce mot, qui signifie "mer", vient du lat. parlé tardif *PĔLĂGU, pour le lat. classique PĔLĂGUS, du grec πἐλαγος. Palay donne la forme < pèugue >.

Palay a raison une fois de plus, puisque ĕ (e bref) du latin aboutit en è en gascon. La forme correcte est donc pèugue.


Q

*QUARESMA

Ce mot est graphié <coarésme̩> ou <carésme̩> dans le Palay: correspon au son [e] en fin de mot. L'étymologie latine est QUADRAGESIMA. S'agit-il d'un francisme, la terminaison [e] ayant été affectée par analogie à des mots masculins qui devraient avoir [ɔ], comme dans problèma ? Dans la mesure où le dictionnaire de Levy donne déjà des formes en -e, il est impossible de parler ici d'influence du fr. On écrira donc quaresme, et on prononcera [kwaɾˈesme] ou [kaɾˈesme].


*QUE

Dans le dictionnaire et les publications de Per Noste, figure une double graphie: que interrogatif, sans accent, et qué, avec accent:

  • Que dises ?
  • Ne sèi pas de qué parlas.

C'est l'usage languedocien depuis Alibert. Selon nous, cet usage ne convient pas au gascon et il convient de s'en écarter. En effet, en languedocien, lorsqu'un mot commence par que, ce que ne peut être qu'un pronom interrogatif. En gascon, c'est la plupart du temps un énonciatif et il convient de signaler à l'écrit les cas où ce n'en est pas un. En outre, dans les interrogations indirectes, cela permet de distinguer interrogatif et conjonction de subordination. On écrira donc qué dans tous les cas:

Qué vòs ?

Ne sèi pas qué hè.

On comparera à cet égard:

Qué vas pescar?: "Que vas-tu chercher là?"

et

Que vas pescar?: "Tu vas pêcher?"

Dans une longue phrase, comme ci-dessous, on n'aura pas besoin de regarder s'il y a un point d'interrogation à la fin pour savoir qu'on a affaire à une phrase interrogative:

Mes qué diseram deu cant tresau tant asprut e tant encantaire en un còp, on, au ras deu brèç, e ploramiqueja la nèna, e deu lheit on la joena mair ei gahada d’un pos de frèbe, e van e tornan los de casa dens l’angüeisha, largant plors e gemits estupats? (Bourciez, traduction probablement de Camélat): "Mais que dirons-nous du chant III si âpre et si enchanteur à la fois, où, près de son berceau, pleurniche le bébé, et du lit où la jeune mère est prise d'une pousée de fièvre, et vont et viennent les membres de la famille dans l'angoisse, laissant échapper pleurs et gémissements étouffés?"

Aitor Carrera écrit dans sa Gramatica aranesa: "Donc, qué interrogatiu s’escriu tostemp damb accent grafic. Aquerò que permet de diferenciar, per exemple, Qué penses? (a on se demane se qué se pense) de Que penses? (a on se demane se se pense o pas)."


R

REMÉTER

Ce mot existe, bien sûr, en gascon, mais ce n'est que sous l'influence du français qu'il a pris le sens de "confier, donner, laisser". Le mot gascon authentique est liurar. Pour "la remise de prix", on dira lo liurament deus prèmis.


*ROTLÒTA

Pour désigner la roulotte des Tsiganes, ce mot est une invention: on disait autrefois carreta ou carriòt. Il convient de rétablir ces mots.

L’escabòt de morets que’n va, dret au sorelh, / a tot torn deu carriòt on s’eslena un parelh / escarnat e grehós de magrilhassas gègas (Palay): "Le groupe de gens à la peau halée avance, debout sous le soleil, / autour de la roulotte où s'essoufflent deux / juments très maigres, décharnées et crasseuses."

Que'us vedèn arribar dab de vielhas carretas... (Joantauzy): "On les voyait arriver avec leurs vieilles roulottes..."


S

*SOTADA

Une prononciation avec diphtongue de ce mot est attestée: [sewˈtaðɔ]. On a dû avoir à l'origine [sɔwˈtaðɔ]. Il convient donc d'écrire soutada.


T

TÒCA

Ce mot n'est pas donné comme traduction du français "but" dans le dictionnaire de Per Noste. Gilbert Narioo allait répétant qu'il "ne l'aimait pas". Indépendamment de son appréciation personnelle, il reste que ce mot est attesté depuis au moins 80 ans et que ce n'est donc pas une invention récente:

Òr, har ua òbra que deu estar la nosta ambicion, la nosta tòca (Simin Palay, en 1939): "Or, faire une oeuvre doit être notre ambition, notre but."

L’I.E.O. de Tolosa... qu’a podut reünir un escabòt de regents e de professors occitans qui an pres per tòca de har compréner aus lors collègas quaus son las bonas metòdas, a l’escòla rurala sustot. (Reclams de mars 1958): "L'I.E.O. de Toulouse... a pu réunir un groupe d'instituteurs et de professeurs occitans qui se sont donné pour but de faire comprendre à leurs collègues quelles sont les bonnes méthodes, dans les écoles rurales surtout."


V

*VARAR

Ce mot signifie "tourner". Or, en aranais, on emploie barar dans le sens de "danser": il s'agit du même mot, auquel correspond le catalan ballar, puisque celui-ci veut dire "danser", mais aussi "moure's una cosa en rotació ràpida damunt si mateixa." L'étymologie est le latin BALLARE. Il y a donc lieu d'écrire barar.


*VELHA

Si la forme velha est correcte dans le sens de "action de veiller, réunion où l'on veille", le mot qui signifie 'le jour précédent" est vèlha avec un accent grave: tous les dictionnaires anciens en attestent, depuis le Tresor dóu Felibrige jusqu'au Palay. Or, on attendrait une fome avec [e], remontant au latin VĬGĬLIA: ĭ (i bref) du latin donne e en occitan. En fait, vèlha est un francisme: "veille" se disait vèspra (féminin) en ancien occitan, vrèspa en gascon, comme en font foi le Petit dictionnaire provençal-français de Levy et le Lespy. Soit on refuse le francisme vèlha et on opte pour vrèspa (vèspra ailleurs qu'en Gascogne), soit on emploie le francisme vèlha; mais il n'y a pas lieu de créer une solution bâtarde consistant à donner à vèlha la graphie qu'il devrait avoir en vertu d'une étymologie supposée, mais fausse. Vèlha, donc.


*VESTISSI

Ce mot vient du latin VESTE + suffixe -ITIU et doit donc être orthographié vestici.


DEUX POINTS CONCERNANT LA GRAMMAIRE

L'association Per Noste a malencontreusement introduit une graphie contestable concernant un point de grammaire, et, ce qui est plus grave, un barbarisme grammatical:


*A'U QUI

Comme on le sait, on écrit au (sans apostrophe), et de même deu, entau, etc, dans:

Qu'èi balhat lo libe au professor.

et a'u (avec apostrophe) dans:

N'èi pas pensat a'u díser de viéner.

Partant de là, et croyant sans doute bien faire, Per Noste a introduit la graphie avec apostrophe devant les pronoms relatifs:

  • Que digoi lo men estonament a'u qui m'ac contava.

Or, dans au professor, au est pour a + lo, et lo est l'article défini. Dans a'u díser, lo est un pronom personnel.

Qu'en est-il dans *a'u qui m'ac contava? On a ici affaire à 'u, forme contractée de lo, qui représente l'article défini. Il est certes ici dans son emploi pronominal, mais sa nature est toujours "article défini"; cf. la fiche 3. B. L'emploi pronominal de l'article défini.

Il faut donc écrire Que digoi lo men estonament au qui m'ac contava, comme on écrit Qu'èi balhat lo libe au professor, et comme on écrit par ailleurs Au lòc de dar lo libe au vesin de Maria, que l'èi dat au de Sandrina, où on a également affaire à l'article, dans son emploi pronominal.


*NOVÈLAS MEI

  • *Novèlas mei ne veut pas dire "autres nouvelles", "d'autres nouvelles". Cela se dit autas novèlas, d'autas novèlas.
  • Toutefois, on peut employer mei après un nom avec le sens de "autre", mais seulement en présence d'un numéral ou d'un quantifiant:

quate mei charpantèrs [sic] (Lalanne): "quatre autres charpentiers"

shens aver nat mainatge mei (Hustach): "sans avoir aucun autre enfant"

quant de plasers mei (Yan de Sègues): "combien d'autres plaisirs"

Néanmoins, il est plus courant de dire autes quate hustèrs (plutôt que *quate autes hustèrs, construction francisée), nat aute mainatge.

  • Dans tous les autres cas, cet emploi de mei postposé, au sens de "autre", est un barbarisme à éviter absolument.